
Matrice culturelle et création artistique : de l'exercice classique de son art à la transdisciplinarité
dans Michel Cazenave et Basarab Nicolescu (prés.), L'Homme, la science et la nature : regards transdisciplinaires, Aix-en-Provence, Le Mail, coll. « Science et conscience », 1994, p. 232-264.
Voir : Alliages à mémoire de forme, Art spatial, La Grande Roue Céleste, Hermaphrodite, Messages des Hommes à l'Univers, Le Totem du futur
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Jean-Marc Philippe (France), professeur au Centre européen de techno-culture (CETECH), Université Paris-Dauphine.
Introduction
Dans les pages qui suivent, on trouvera tout d'abord une description de la matrice culturelle propre à nos sociétés technoculturelles riches d'aujourd'hui. Il y sera abordé la question de l'économie de la création artistique. Après ce premier regard « état des lieux », il sera témoigné de l’interrogation d’un artiste à se préoccuper de l'adéquation de sa fonction d’artiste face aux conditions de production de son art ainsi qu’il lui était proposé dans cette matrice et dans la tradition de celle-ci. Puis, il sera montré comment des concepts artistiques nés de la transdisciplinarité pouvaient modifier la nature de l'invention artistique et repousser plus ailleurs les définitions de l’ « œuvre d'art ». Quatre exemples de concepts seront décrits, plus particulièrement le concept « Royalties/Jardin/Terre », un concept susceptible de permettre à l'artiste de ré-intervenir dans sa Cité, non qu'il le veuille à tout prix mais qu’il sente nécessaire de rétablir certains équilibres bafoués par une fantastique efficacité des sciences et des techniques, en pleine hypertrophie exponentielle, quand aucun contrepoids issu de la sensibilité artistique ne venait rétablir l'équilibre.
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Une création artistique indissociable de sa matrice culturelle — Premier regard sur cette matrice
Il est difficilement possible de dissocier la forme que revêt la création artistique de sa matrice culturelle porteuse. À juste titre, celle-ci peut effectivement être considérée comme le terreau nourricier et initiateur, qui décide des germes de toute création, et qui contient aussi les ferments actifs qui permettront à un concept artistique embryonnaire naissant de rencontrer, ou non, les moyens — dans toutes les acceptions du terme — de sa concrétisation.
Si l’on devait donc identifier les particularités de l’époque — en ce qui concerne les sociétés industrielles modernes, riches comme la nôtre — on verrait que leur spécificité même, découle directement de l’accumulation exponentielle des Savoirs d'origine scientifique tout d’abord, et de l’accélération exponentielle des Savoir-Faire technologiques d’autre part.
En effet, alliés à une société d'économie de marché et de libre concurrence débridée, ces deux facteurs se révèlent d’une efficacité particulièrement prolifique sur l'invention au sens large, et sur les processus de mise au point, de duplication et de commercialisation de prestations de service ou de produits, divers, inédits, performants, interpellants… des produits et des prestations de service qui séduisent et déclenchement d'intenses désirs d'appropriation dans une effervescence de consommation foisonnante, si l’on en juge par les chiffres du commerce mondial qui s’y réfèrent.
De cet état de fait résulte une rapidité d'évolution et de transformation de notre environnement culturel, gestuel et physique sans équivalent, comme aucune société humaine à aucune époque n’en avait jusqu’à ce jour rencontrée ni induite.
Si le rythme, particulièrement rapide, de l'évolution de notre environnement implique un certain nombre de conséquences, la nature de cette évolution en implique encore p. 234 bien d’autres dont les effets sont radicalement plus profonds et insidieux :
— Du rythme de cette évolution découle par exemple la nécessité pour chacun d’entre nous de trouver les moyens de s'adapter et de maintenir le « contact » avec cette matrice culturelle au travers d’une accommodation rapide avec ses innovations et ses changements (conceptuels et formels), ceci sous peine de perdre les éléments de langage ou de pratiques communes qui permettent à chacun de maintenir des capacités du dialogue avec ses contemporains.
— De la nature de l’évolution de cet environnement, et plus significatif encore, dépend en particulier le déplacement de la représentation que nous pouvons et aurons à nous faire du « monde », de ce monde qui nous entoure, ce monde de profusion unique dans lequel nous vivons et avec lequel nous pouvions ne pas seulement co-habiter ni composer, mais tenter de nous y épanouir.
Par ailleurs — et autre première dans l’histoire individuelle des hommes — cette représentation, fondamentale et essentielle, consciente ou inconsciente, devra personnellement être réajustée, à plusieurs reprises, tout au long de l'existence de chacun. Ceci dans la mesure même où une telle représentation procède de l'apparition dans notre environnement direct d’éléments de savoir inédits, d'expériences révélatrices, de comportements journaliers nouveaux, insidieusement ou explicitement introduits dans notre espace quotidien et nos gestes usuels à l’intérieur même de notre matrice culturelle.
En effet, depuis moins d’un siècle, on constate que la périodicité d'apparition d'informations « significatives » devient inférieure à la durée de la génération humaine. Par exemple, on peut noter qu’un certain nombre d'éléments d’information et de phénomènes de première importance font leur apparition non plus à raison d'UN Galilée ou d'UN Newton par siècle, mais que bien au contraire, l'apparition/ télescopage de faits inouïs « fondamentaux » s'inscrit maintenant toutes les cinquantaines, vingtaines, dizaines d’années ceci dans une dynamique de plus en plus rapide : il y a 50 ans la bombe nucléaire nous apprenait que l'Humanité p. 235 tout entière était désormais mortelle et qu’elle pouvait l'être de main d'Homme; depuis 40 ans les images en couleur circulent à la vitesse de la lumière à la surface du globe en temps réel ; voici trente ans que les premières photographies de notre planète nous étaient rapportées prises de l’espace * ; depuis 10 ans la télématique, le fax, la circulation de la monnaie à la vitesse de la lumière. font partie de nos pratiques et sont entrés dans nos faits et gestes quotidiens. Aujourd'hui les manipulations génétiques sont multiples et les questions d'éthique et de morale se croisent, etc.
De plus, les conséquences de cette double accélération exponentielle, scientifique et technologique, nous entraîne — et plus seulement nous, les sociétés industrielles riches mais le monde dans sa totalité — vers des situations économiques et sociales par principe imprévisibles donc ingérables même sur des espaces temps courts : qui aurait pu prévoir la crise de l'Opep, la transformation radicale du bloc soviétique, la pandémie du Sida. Et, que vont faire ces hommes qui sont là-bas et ailleurs dans la misère, et qui continuent d'observer sur leurs écrans de télévision de telles disparités de richesses dans un même monde. et comment gérer encore le fait que aujourd’hui, l'éblouissement lié à la profusion de nos vitrines et de nos performances technologiques interpellent les pays du tiers monde qui nous prenant pour modèle souhaitent nous « rattraper », voyant dans ce but ultime leur seul modèle d'avenir.
Toujours concernant notre matrice culturelle, on doit ne pas non plus se voiler la face et aussi remarquer que cette double accélération nous entraîne vers des formes d'actions donc de responsabilités devant lesquelles nos facultés de réfléchir, de penser et de décider se révèlent aujourd'hui
Note : Cette première photographie de la Terre rapportée de l’espace (et ses déclinaisons ultérieures) peut aujourd’hui être pondérée comme l’œuvre d'art la plus significative et la plus prégnante produite par notre siècle. Une œuvre on le remarque, non pas produite par des artistes mais par des hommes de sciences, une œuvre incontournable par laquelle la représentation de nous-mêmes ne sera jamais plus ce qu’elle était « avant », une œuvre perçue, sue et connue aujourd'hui par plus de la moitié de l’humanité…
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inopérantes et inadaptées, alors que plus que jamais nous en avions besoin.
En ce sens, on ne compte plus les apparitions de comités d'éthique dans les domaines les plus variés, traduisant bien la pertinence de certains grands professionnels à savoir poser les fondements de réelles questions, mais traduisant aussi le fait que dans le deuxième temps nous sommes totalement dépassés par la gestion même de ces questions, évidence même que nous ne disposons (pas ou plus) de l'arsenal de réflexion philosophique, religieux, artistique ou poétique adéquat tels que nous aurions pu espérer les développer pour tenter d'apporter une, « la » ou des réponses.
Une telle double accélération exponentielle (scientifique et technologique) aurait pu ne pas être inquiétante par elle-même, si les autres secteurs de la pensée humaine avaient été aussi favorisés et mis à contribution pour intervenir en contre-poids face à cette hypertrophie technoculturelle caractérisée que nous connaissons aujourd’hui. Car depuis un certain temps déjà, les structures les plus accueillantes présentes dans nos sociétés sont naturellement celles à partir desquelles on peut — dans notre société décidément marchande — présager les profits les plus grands. Or, ces domaines sont bel et bien ceux impliquant les sciences et les techniques, puisque ce sont, rappelons-le là, les secteurs qui sont promis à la meilleure espérance de profits, ce véritable nerf de la guerre dans nos sociétés modernes conquérantes.
Si l’on se prend à rêver, le véritable défi de notre société contemporaine, sera peut-être relevé le jour où la poésie, la philosophie, l’art de la pensée, de la réflexion, les beaux arts et peut-être pourquoi pas la religion aussi, pourront engendrer et dégager sinon des profits comparables à ceux qui découlent de l'application des sciences et des techniques dans nos sociétés marchandes, du moins intervenir et répondre aux appels, aux demandes et aux attentes particulièrement marquée de la part des individus. et parallèlement nourrir en retour les esprits.
Car l'absence de tels lieux complémentaires de profits p. 237 porteurs et favorables à la production de réflexions, d'art, de philosophie peut effectivement expliquer la faillite de la pensée comme nous le constatons dans nos sociétés en pleine demande. Une faillite de la pensée dont la conséquence immédiate et première réside en l'incapacité profonde de nos contemporains à ne plus être aptes à accéder à la synthèse du monde dans lequel ils vivent et par lequel aussi ils sont, dans l'incapacité encore à en avoir une représentation cohérente, prospective et responsable, quand bien même en sont-ils un leader politique par exemple ou un décideur économique.
L'hypothèse et l'inquiétude qui se pose à ce niveau — dans un souci de visions prospectives — sera[i]t de considérer les différentes sociétés humaines comme la résultante d’une série de comportements collectifs — sur lesquels les hommes de la dite société s'agglutinent et se polarisent dans leurs efforts quotidiens — et de regarder alors si, dans un tel cadre précis, de telles sociétés consensuelles n'auraient pas une trajectoire/destin effectivement limitée et finie, passant par une extension, dont un point de culmination traduirait bien l'apogée — un peu comme une équation mathématique contient un maximum — à partir duquel point le déclin interviendrait, inéluctablement, comme un corollaire incontournable. Il n’est qu’à songer à la disparition de l'Égypte ancienne, des civilisations grecques et romaines et, plus proche de nous de l'effondrement de l’ex-URSS.
Dans cet ordre d'esprit, on peut alors s'interroger sur le fait que nos sociétés technoculturelles rencontreront d’autant plus rapidement ce point de culmination, véritable point de son retour consacrant leur déclin irréversible, que la pertinence de la pensée sensible et intuitive ne rencontrera pas les moyens de l’économie de sa production, donc de son efficacité.
Une autre question en relation directe avec l'interrogation précédente se pose ici avec une totale acuité : sur un tel substrat dans nos sociétés technoculturelles riches, quelle création artistique pouvait bien voir le jour, sous quelles contraintes? sous quelles formes? et avec quelle prégnance… et que pouvait cette production artistique face à la p. 238 question du Sens. Quand l’hypertrophie scientifique produit certes de l'information mais peu ou prou de sens !
Dans cette mouvance et ce déséquilibre jamais encore rencontrés dans l’histoire de quelques sociétés humaines, il va de soi que l'acte créatif n’est sans doute plus ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, et que des modifications surviennent : sont-elles radicales ou de faible amplitude, remettent-elles en cause l'acte créatif lui-même, sa pertinence, même s’il semble que l’on doive se préoccuper des conditions environnementales à l'acte plutôt qu'à son processus profond qui, lui, tient bien plus du concept de « boîte noire » que d’un processus véritablement quantifiable.
Là encore, les données issues des savoirs environnants peuvent aider à formaliser des hypothèses nouvelles, et un regard quantitatif sur l'environnement dans ce qui résulte de sa pratique peut se révéler d'une aide précieuse.
Vous avez dit artiste ? Mais qu'en est-il donc dans notre matrice et que représente-t-il ?
Dans une société comme la société française contemporaine, on peut — en s'appuyant sur les chiffres provenant des organismes professionnels compétents — admettre une proportion d'artistes comprise entre 1/500 à 1/1000 de la population, ce qui implique un nombre total d'artistes, pour la France, se situant dans une fourchette de l'ordre de 50 000 à 100000 personnes, toutes rubriques artistiques confondues, qu'il s'agisse des comédiens, musiciens, plasticiens, écrivains, poètes.
(De fait, il apparaît que ces pourcentages d'artistes par nombre d'habitant seraient du même ordre de grandeur dans les différentes sociétés humaines quelles que soient les ethnies et les époques ou encore les sophistications culturelles).
Si l'adjectif premier qui peut décrire un artiste est bel et bien son aptitude naturelle à une vision grand angle due à une hypersensibilité, on peut comprendre le pourcentage p. 239 précédent comme traduisant la qualité de l’espèce humaine génétiquement parlant à effectivement engendrer à la naissance une proportion comparable de petits êtres humains doués de cette aptitude particulière qu'est l’hypersensibilité.
Et de fait, on peut effectivement admettre que les différentes sociétés humaines recèlent, de façon générale, un potentiel d'artistes non négligeable, d'importance même, ces artistes à qui l’on doit en particulier plus tard la mémoire de leur lieu et de leur époque. Mais que deviendront ces opportunités individuelles : la matrice culturelle leur sera-t-elle favorable ou non, combien d'artistes — et lesquels — participeront-ils de façon concrète au paysage de leur société, et influenceront-ils ou non l'esprit de leur contemporain. ? Combien pourront œuvrer, et combien devront passer leur chemin ? Le levain interviendra-t-il sur l’accomplissement et le destin collectif ?
La question ici est donc de savoir ce qu’il advient de ce potentiel d'artiste en puissance, et de regarder si et comment la matrice culturelle locale saura profiter et exploiter ou non de cette manne à sa disposition, et comment cette manne est, a été, ou sera gérée *.
Concrètement donc, qu’en est-il de ces artistes dans les sociétés occidentales riches, comment pouvaient-ils œuvrer, ensemencer — et influencer — leur matrice culturelle ou non, l'enrichir de leur regard et permettre à leur contemporains de se percevoir et de prendre pied dans leur époque ? En bref quel sort leur était-il réservé par leur propre société ?
La réponse à cette série de question est inquiétante : à dix années à peine de l'an 2000, peu d'artistes — dans nos sociétés occidentales pourtant riches — vivaient de la seule pratique de leur propre art. Était-ce que l'esprit de nos contemporains était « ailleurs » ? et où ? Était-ce parce que l'artiste dans un marché et dans une tradition archaïque de
Note : Il est par exemple couramment admis et cité que 1/3 des œuvres d'art produites par l'humanité au cours de ces cinq derniers millénaires sur la planète l’auraient été en Italie durant la Renaissance, dans les conditions de fertilité que l’on sait.
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production artistique n’intéressait et ne répondait plus à l’attente diffuse de ses contemporains, sinon d’une petite chapelle ? Était-ce aussi parce que, confronté à une désertification caractérisée des valeurs dans leur environnement, les artistes ne pouvaient plus produire que des formes d'art mineures, de contestation ou de provocation par exemple ? Était-ce encore parce que les définitions de l’œuvre sujettes elles aussi à évolution, se déplaceraient tant, qu’au concept d’œuvre d’art correspondraient des définitions inédites totalement sans référence, et que par exemple en étant un peu provocateur, la « cathédrale » des anciens et la « puce électronique » d'aujourd'hui auraient à être perçu de façon équivalente, fruit d’une même nature d'efforts et de compétence collective qu’elles furent toutes deux ? Mais en tout cas pas fruit d’un même objectif ni d'une même pulsion !
À l'inverse, ne serait-ce pas aussi que la plupart des œuvres d’art contemporaines ne correspondraient plus ou mal à l'attente du public, parce que n'engageant plus qu’une représentation étroite émanant d’un artiste, de sa stricte expérience/connaissance, par principe limitée à moins qu’il ne se nomme Shakespeare, Cranach ou Monet ou Bacon, quand on attend de l’œuvre qu’elle contienne une totalité de situation et non ne fasse référence qu’à quelque observation ponctuelle, si ponctuelle qu’elle en devenait ténue, à la limite de l’insignifiance ?
Des artistes aujourd'hui soit, mais au fait des artistes pourquoi faire ?
L'air du temps, parfum et signature immatérielle d’une époque en un lieu serait-il désignable et nommable…. et « qui » donc alors s’arrogerait-il le privilège arrogant d’en détenir les moyens et les outils de sa description, d'en identifier ses formes et contours pour, les calligraphiant sur le rouleau de papyrus voici longtemps, métamorphosé vidéodisque aujourd’hui, y déposer la mémoire de demain ? Et la lecture de l'instant.
Et pourquoi, seul l'artiste peut-être, quand tous particip. 241 paient de la même respiration, aurait-il eu, lui, atteinte à cette calligraphie aujourd'hui prophétie et demain mémoire, pourquoi. Était-ce parce que lui — outre son hypersensibilité — et lui seul parfois du temps où il vivait prenait justement le temps de prendre le temps, et de flâner et de faire sens de ces moments ou justement il prenait le temps, quand d’autres — ses contemporains — tâcheronnaient, s’affairaient et traversaient et façonnaient « leur » époque dans un mouvement brownien, se privant de tout recul sur cette matrice culturelle que cependant ils ensemencaient par l’accumulation de tout leur travail faits et gestes et décisions. alors que lui, l'artiste flânant, pouvait encore, « intuitivant », accorder quelque importance à quelques signes, signature cet air du temps flottant alentour pour, dans un instant de grâce enfin, peut-être, rendre compte.
Mais n’arrivait-il pas aussi que l'artiste passant, sache s'arrêter et s'interroger, s'interroger sur par exemple la pertinence même des outils de sa calligraphie : serait-ce que les outils traditionnels de création, les pinceaux et les toiles et les châssis. ne pourraient plus « tout à fait bien » aujourd'hui rendre compte de l'air du temps, et ne serait-ce pas que leur pratique rendrait désormais, bien d'avantage compte d’un regard tourné vers le passé donc vers l’Histoire, que vers l'avenir, ce déjà demain justement que l’on sent poindre dès à présent, maintenant, là, sous le regard ? Et serait-ce encore que son témoignage ne servirait en rien l'instant — tant était appelée à être confidentielle sa création — pour ne servir que de « signe » et « référence » pour les archéologues de demain.
Ainsi, si tel était bien le cas, l'intuition artistique ne pourrait-elle pas aujourd'hui ne plus trouver sa pleine mesure, sa toute matérialisation et une réelle pertinence qu’au travers des outils issus de la technologie contemporaine et des nouvelles perceptions issues du savoir scientifique, si tant est que ces outils et ces nouvelles formes de savoir aient été ressentis, pressentis et intégrés comme autant de prolongements désormais « naturels » aux performances spontanées de l’homme, de son cerveau de sa pensée p. 242 et donc aussi, comme des extension potentielles à ses propres faits gestes et désirs, comme à une nouvelle pratique enfin d’une gestion inédite de lui-même et de son destin propre ? Serait-ce encore que d'autres formes d'émanation artistique pouvaient être inventées, rompant avec les définitions et les productions classiques. Et, dans cette période de mutation, n’était-ce pas là le chemin de l'émancipation et de l'ouverture ?... Si tant est que les moyens matériels de la réalisation soient présents ?
La question complémentaire de la logique économique sous jacente à la création matérielle de toute œuvre artistique
À toutes les époques, les grands du moment, princes, nantis, marchands, ou Rois eux-mêmes, nourris et imprégnés du Désir de l’Art et de sa Nécessité, ceux-là mêmes qui détenaient le Pouvoir et le Savoir de l'instant, étaient prêts à assurer le financement d'œuvres, sous leurs formes les plus inédites, novatrices et ambitieuses, sans frilosité, ni idée lucrative de retour, ces œuvres qui jalonnent l'Histoire.
De nos jours, la création artistique toutes rubriques confondues, doit impérativement passer par un goulot d'étranglement où, Art et profit à court terme doivent s'unir ou ne pas être : un dessin animé devra être le moins onéreux possible pour prétendre être réalisé, un artiste peintre se verra contraint à une production quantitative intensive pour espérer signer un contrat, le budget d’un film sera d'autant moins difficilement couvert que les profits paraîtront plus certains, etc.
Lorsque l’on ouvre les yeux sur la production d'art contemporain qui nous entoure, force nous est effectivement de constater que toute la production artistique aujourd’hui s'appuie sur cette dynamique « marchande » qui, si elle permet à une certaine forme d'art de s'exprimer, ne permet pas à toutes les « autres » formes d’art de voir le jour. En particulier à ces créations qui font appel à l’imprégnation, la p. 243 méditation, la réflexion, la maturation, ou à celles qui innovent radicalement, ou encore à celles qui comme le 1° mouvement de la 5° symphonie de Beethoven avait nécessité d’être ré-écrit …20 fois par son auteur insatisfait, comme cette toile encore peinte par Vermeer et qui avait demandé à l'artiste plus de 7 mois d’un travail quotidien !
Or, depuis ce début de siècle, les logiques économiques du marché de l’art — et leurs contraintes propres — tarissent la créativité des artistes contemporains qui doivent s’inscrire dans les arcanes de ce moule et s’y battre, ou qui, s’ils n’y souscrivent pas, sont condamnés à ne pas exister et disparaître. Métaphoriquement on serait tenter de dire que le jardin Art de nos jours ne produit plus tous les fruits qu’il aurait pu révéler et qu'il y a désertification. Mais qui plus est, sont-elles réalisées que ces mêmes œuvres n’ont aucun impact réel sur leur environnement, sur les esprits de la Cité.
Ces constatations, pour le moins peu confortables, peuvent être perçues comme le signe complémentaire et manifeste d’une culture en déséquilibre d'elle-même, culture pour laquelle les seules éléments actifs sur la matrice restent le profit du geste et non la profondeur du geste, une profondeur que seuls quelques rares ou « illuminés » artistes poursuivent comme l’on suit ou poursuit un fil vers son étoile, en dehors de toute rentabilité commerciale et loin de toute structure favorable.
Aujourd'hui cependant, à condition de bien vouloir se sortir de la tradition dans ce qu'elle peut avoir d’inadapté, la situation n’est pas bloquée, car d'une part la société actuelle est prête à entendre les innovations et ceci d'autant plus qu’elle sent bien qu’elle en a la demande, une demande vitale, et car d'autre part un nouveau profil d'artiste peut s'affirmer, celui d’un artiste qui, convaincu que le marché de l’art ne lui permettra pas de réaliser son œuvre et son ambition, devra — en même temps qu'il conçoit l’œuvre — en inventer aussi sa logique économique de réalisation et ainsi devenir un entrepreneur à part entière. (Léonard de Vinci n’avait-il pas su inventer à sa façon une nouvelle méthode de fertilité et de production artistique en reliant deux domaines jusqu'alors et par principe séparés, celui du p. 244 savoir savant docte et universitaire dans la haute tradition de l'écriture et celui du savoir manuel, celui des compagnons, profitant alors lui-même de l'interface qu'il avait su créer d'où allait découler « tout naturellement » les inventions que l’on sait !
L’articulation Art/Nouvelle Technologie/Économie est précisément le lieu où cette rencontre aujourd’hui, dans une synergie nouvelle, peut se concrétiser — ce que je tente dans ma propre création de démontrer — car cette synergie met en rapport des hommes nouveaux, des artistes certes mais des décideurs du monde de l’économie aussi, qui parfois peuvent se révéler des aristocrates — je veux dire des généralistes de la pensée — qui ont compris que sans un vrai « saut » culturel — non seulement dans l’entreprise elle-même mais aussi dans l'air ambiant, celui de tous les jours, celui secrété par nos matrices post-industrielles elles-mêmes, — il y aurait des manques, ces mêmes manques que l’on décèle au fond du regard des enfants, et plus encore des adolescents, dans un éclairement qui leur fait défaut sur leur propre environnement, leur propre condition et finalement sur un certain sens qu’ils pourraient accorder ou non à leur vie personnelle future.
La relation Art/Science/Économie, échappant par principe à un marché de l'art en pleine difficulté tant économique que conceptuel est peut-être la chance opportune de nos sociétés technoculturelles d'aujourd'hui pour permettre à des expressions artistiques sans concession de voir le jour, l’artiste n'ayant plus à passer par les fourches caudines du marché, mais pouvant affirmer désormais son œuvre sur la place publique après en avoir créé le besoin, sans que la notion de profit ne soit le passe droit exclusif ni la clé obligé du sésame.
De la pluridisciplinarité à la transdisciplinarité dans l’exercice de son art : quatre exemples de fertilisation croisée
C’est donc sur un tel substrat perçu et ressenti comme tel, que depuis 25 ans maintenant, j'interviens dans mon propre p. 245 espace culturel en tant qu’artiste. Longtemps avec les gestes du peintre, mais d’un peintre qui n’avait pas pu ne pas s'interroger sur le sens de sa propre démarche dans son espace personnel d’abord, dans son espace social et collectif ensuite. D'un peintre sentant confusément que l’art des autres comme le sien propre se devaient d'intervenir dans la cité et de la colorer de façon sensible. D'un peintre qui ne verrait bientôt plus dans la pratique de la peinture qu’une forme d'expression artistique éternelle et désuète à la fois. Désuète en raison en particulier de sa non adéquation avec les médias, destinée à ne rester qu’une action confinée, ne s'adressant qu'à quelque poignée de gens marginaux qui écrivaient sur l’art, ou de collectionneurs et d'amateurs en nombre dramatiquement ténu. D'un peintre donc ne voyant dans la peinture qu'un art bien loin d'offrir les moyens d'une quelconque émancipation importante de la perception chez ses contemporains. D’un art très loin d’avoir l'efficacité et l'incidence qu'avait par exemple le domaine de la chanson sur la matrice culturelle. Il n’est qu'à songer à l'efficacité chez les jeunes américains durant la guerre du Vietnam des chansons de Joan Baez comme véritable révélateur de conscience.
Et c’est pourquoi, quand bien même je n’oublierais jamais le peintre qui m'habitait, j'avais dû me rendre à l'évidence que la pratique de la stricte peinture, même dans ce que la tradition avait de plus grand, ne rendrait jamais compte de ce que je pouvais souhaiter qu'incarne un « Artiste » représentatif de la période contemporaine. Cette période de la mutation au quotidien, cette période en ré-invention conceptuelle constante, cette période de communication à outrance, cette période en acquisition exponentielle de savoirs d'origine scientifique, cette période de l’effervescence… Cette période aujourd’hui en attente dramatique du sens, où l'Art plus que jamais j'en suis sûr, aurait à intervenir non pas sous forme homéopathique mais comme un partenaire à part entière, intégré dans la respiration collective enfin.
Peu à peu, dans cet état d'esprit, j'allais être amené à entreprendre et découvrir le chemin de la transgression et p. 246 de la mutation de mon « métier », devrais-je dire de ma fonction, à explorer l'invention artistique en y intégrant — sans y prendre bien garde au début — les savoir-faire technologiques de ma société porteuse comme des pinceaux d’un nouveau genre, véritables outils créatifs à part entière. Ce qui allait inévitablement repousser les limites et les définitions traditionnelles de l’œuvre d'art, et aussi me contraindre à devoir inventer des logiques économiques particulières pour mener à terme ce qui aurait pu ne rester que de simples idées abstraites de poète ou de simples concepts volatils.
Ce chemin allait d’abord être interdisciplinaire, puis pluridisciplinaire et enfin intégrer la dimension de la transdisciplinarité.
Parmi les concepts artistiques que j'ai développés chemin et vie allant, j'en citerai ici sommairement trois, pour expliciter davantage le quatrième.
Le premier exemple implique les matériaux à mémoire de formes et les premières sculptures évolutives à mémoire que j'ai réalisées en Californie. Il s'agira là d’un concept qui réinvente la sculpture en y incorporant la dimension de la mémoire mais qui tient plus de la pluridisciplinarité que de la transdisciplinarité. Les deux autres exemples, quant à eux, intégrent les composantes technologiques spécifiques à la conquête spatiale et font référence à l'imaginaire qu’elles ont mis en place depuis 40 ans : ces deux concepts, la « Roue Céleste » et l'opération « Messages des Hommes à l’Univers », appartiennent déjà à la transdisciplinarité. Et puis, il sera fait une place plus grande au quatrième exemple, le concept « Royalties/Jardin/Terre », concept transdisciplinaire s’il en est.
1. Les sculptures à mémoire de formes
Ce premier exemple s'est développé sur plus de dix années de ma vie, et dure encore. De 1986 à 1990 en particulier j'ai été amené, en Californie avec le Groupe Raychem Corp, aidé d'une équipe formée d’un ingénieur et de deux techniciens, à mettre au point de nouvelles nuances d'alliages à mémoire de p. 247 formes de Nickel Titane, dans le cadre d’un programme de recherche et de développement impliquant un budget spécifiquement appliqué à l’art d’un montant global supérieur à 1,5 millions de dollars, ceci dans le seul but de réaliser de nouveaux concepts de sculptures. La première réalisation qui s’en était suivie devait recevoir le « New Horizon Award 1987 » décerné par l'ISAST de Berkeley et depuis s’est vue reproduite dans les livres scolaires de sciences physique, dans des manuels français, dans l’encyclopédie Théma Larousse et (à paraître courant 1993) dans la Nouvelle Encyclopédie Diderot.
Les alliages à mémoire de formes avez-vous dit ?
Factuellement, un alliage à mémoire de formes est un alliage auquel on peut apprendre différentes formes à différentes températures, formes qu'il mémorisera et que par la suite il pourra restituer à chaque fois qu’il rencontrera à nouveau ces mêmes températures.
Cette propriété ainsi décrite correspond au phénomène connu en physique fondamentale sous le nom de transformation martensitique réversible, phénomène pour la première fois identifié (à la faveur du hasard) en 1932 par L. C. Chang et T. A. Read dans des alliages d’or et de cadmium, puis à nouveau confirmé en 1938 par J. Perkins dans des alliages de cuivre zinc aluminium.
Bien évidemment, le regard que l’on peut porter sur ces alliages à mémoire peut changer de nature selon que l’on est artiste ou non : de scientifique pur et dur, il peut devenir sensible, et de sensible il peut acquérir une dimension philosophique et poètique : « objets inanimés auriez-vous donc une âme? ». Et l'imaginaire artistique alors de s’y nourrir. C'est précisément de ce glissement de perception, du rationnel au sensible, qu’allait naître ma détermination à vouloir mener à terme cette relation Art/Nouvelle Technologie, sous la double forme de la mise au point du matériau d'abord (afin qu’il réponde aux exigences d’un cahier des charges techniques ciblé sur une application à la sculpture), sous la forme ensuite des premiers prototypes et des premières œuvres d'art issues de cette troublante matière à mémoire.
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Effectivement, imaginez. imaginez dans votre esprit, qui prendrait en compte les propriétés de ces alliages, naître l’idée d’une sculpture évolutive à mémoire que le soleil inciterait à se déployer vers l’azur et que les vents de l'hiver contraindraient de se recroqueviller telle qu’en elle-même aussi…, imaginez que votre esprit n’ait de cesse d’apprivoiser les plans atomiques. Imaginez... imaginez.
Là est ce qui devait m'arriver et je n'aurais de cesse dix _ années durant que de parvenir au but ! Car, à l'évidence ces alliages offraient à l'imagination artistique un nouveau degré de liberté, sans référence, comme un trésor, dont on pouvait prétendre avoir comme le pressentiment avant même que d'en faire l'expérience. (Le premier prototype de sculpture réalisé m'avait permis, avec un partenariat français, en 1985, de réaliser un buste métallique « Hermaphrodite » qui se transformait de la configuration d’un torse d'homme grec lorsqu'il se trouvait soumis à une température de 20° Celsius, à la configuration d’un torse de femme grecque à 55° Celsius, et inversement).
Un imaginaire inédit, totalement interpellant, s’ouvrait ainsi à la création artistique car, en dominant un pareil outil créatif qu’étaient ces matériaux, les sculptures évolutives à mémoire qui en découleraient recèleraient :
— la dimension de la mémoire bien évidemment (reproduction des formes apprises),
— la dimension du temps (dans l’une de ses déclinaisons, celle des rythmes et des cycles),
— la dimension de la métamorphose (celle des formes parcourues),
— la dimension de l’aléatoire aussi (imprévisibilité des conditions de températures),
— la dimension de la complicité avec l’infiniment petit (liée au comportement des plans atomiques — siège du phénomène de la mémoire),
— la dimension de l’infiniment grand (du fait de la rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil et des variations de températures associées aux jours et aux nuits ainsi qu’aux saisons et bien sûr de l'incidence de ces variations de température sur les formes prises par les sculptures).
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Alors ce nouveau degré de liberté offert à l'artiste, si tant est qu’il parvienne à la maîtrise de son nouveau matériau de création, ici lui ouvrirait les portes de ses fantaisies les plus alchimiques, repousserait les limites de son imaginaire et de sa vocation par essence d'homme à toujours entrevoir plus loin que les limites présentes.
Serais-je tenté de faire « respirer » ses sculptures au rythme des rotations de la Terre donc des jours et des nuits comme au gré des saisons aussi ?
Irais-je donner l'illusion à ces matériaux métalliques de caresser les prémisses de la vie, à travers des mouvements de transformation de formes qu'ils accompliraient en relation à leur environnement ?
Ne relèverais-je pas le défi de concevoir une sculpture dont toutes les formes auraient à s'aimer entre elles comme toutes les notes d’une même partition ? Ou l'inverse !
Le champ des possibles était immense qui tenait du prodige : sculpture et nouveau matériau, art et alliage à mémoire. Dans le bloc de marbre, quand l'enfant ne voit que le bloc, l'artiste y savait le cheval et son cavalier, et Michel Ange sa Pietà. Dans la coulée d’alliage à mémoire de formes, quand l'enfant n’y voyait qu’un plateau de métal, j'y voyais de la mémoire s’offrant à mes propres gouges, quand bien même mes gouges prendraient la forme de calculs par éléments finis et de robots pilotés en X, Y, Z.…..
Dix années de parcours, un budget de recherche et développement comme il a été rappelé supérieur à 1,5 million de dollars devaient me permettre en 1989 de réaliser la première sculpture à mémoire grande échelle dans la baie de San Francisco : le « Totem du Futur ». D’autres concepts aujourd’hui dont la « Porte des deux Infinis » se poursuivent, utilisant ces matériaux mais s’éloignant de la sculpture en tant que telle, dans une émancipation totalement nouvelle de l'imaginaire.
2. La roue céleste — (Date du concept : 1975)
Ce concept, pluridisciplinaire par ses moyens de base mais transdisciplinaire dans son décodage, prend en compte la nouvelle sensibilité libérée par l’époque au cours de ces p. 250 dernières années, et en particulier exalte le nouvel imaginaire mis en place par la conquête spatiale. Il s’appuie aussi très directement sur les savoir-faire technologiques propres à cette conquête et en particulier sur les derniers développements d'outils à vocation militaires entrant dans le cadre du programme dit de la « guerre des étoiles », l’IDS.
Factuellement, le principe du concept consiste à greffer sur 40 satellites géostationnaires équidistants et en sus de leur fonction propre, des dispositifs laser d'émission lumineuse, télécommandables du sol qui chacun, vu de la Terre, serait perçu avec un éclat égal ou supérieur à la brillance de Vénus, lorsque celle-ci apparaît sous son éclat maximum.
À travers un tel dispositif — le cercle des satellites géostationnaires ainsi équipé de ces quarante sources lumineuses — il deviendrait possible :
— d'allumer une couronne d'étoile autour de la planète, couronne visible par tous les terriens, allumée en des moments « remarquables » et durant de courts instants, ainsi du nouvel an calendaire, du nouvel an chinois, du nouvel an juif...
— de créer, à l’occasion d'évènements particuliers engageant l'humanité tout entière — Foire Exposition Universelle, Jeux Olympiques — des signalétiques cinétiques lumineuses fugaces à l'échelle planétaire, grâce à des allumages deux par deux, trois par trois. des différents satellites ainsi équipés,
— de visualiser la vitesse de la lumière : le cercle des géostationnaires mesurant 270 000 kms de circonférence, la lumière courant d’un satellite à l’autre mettrait quelques 9/ 10 de seconde à le parcourir,
— d'interpeller les consciences en programmant la « Roue Céleste » afin que, en cas de conflit nucléaire, celle-ci puisse émettre de façon aléatoire et rapprochée des S-O-S lumineux « universels » en direction de tous les hommes.
Ce concept, parmi bien d'autres concepts d'art spatial soigneusement rangés dans mes cartons tenant de la même démesure, n’était bien sûr pas sans poser des questions jouxtant l'éthique : de quel droit une culture, la nôtre, pourrait-elle bien aller s'imposer dans le regard de tous les p. 251 terriens en venant s'inscrire dans notre firmament sans doute mais dans le leur aussi, et n’y aurait-il pas là une transgression du sens à ainsi mettre nos technologies en gloire d’elles-mêmes sans en montrer les contreparties ? La réflexion n'aurait-elle pas préalablement à rendre compte de ces interrogations et un consensus général aux terriens n’aurait-il pas aussi à s’établir avant toute mise en œuvre.
En tout cas la réflexion s'imposait. C’est pourquoi, à l’occasion du quarantième anniversaire de l'UNESCO, le 3 Novembre 1986, à la maison de l'Unesco, Salle IV, sous mon impulsion et à travers l’Académie Européenne des Arts, des Sciences et des Lettres, un atelier se tenait dont il est donné ci-dessous un extrait de la première page du document de travail ainsi qu’il avait été remis aux différents experts conviés, dans le but de créer un « Comité Mondial d'Éthique pour une Utilisation Pacifique de l'Espace », en présence de représentants des principales agences spatiales internationales aussi :
« … À l'image des Pyramides et des Cathédrales, l'Art Spacial peut prétendre devenir le phare et le symbole de notre époque.
Les enjeux qu'il implique (plus de 5 milliards de spectateurs, l'utilisation des technologies de pointe, un budget issu de la collectivité humaine) imposent des modalités de gestion / appel d'idées / mise en œuvre, particulièrement responsables et transparentes.
Une structure inédite, gérée par un Comité d'Éthique, serait à créer de toute pièce, structure qui pour la première fois pourrait déboucher sur une participation / concertation / consultation / consensus planétaires, rendant compte d’un véritable point de vue global de gestion de la Terre et de son Humanité.
Dans ce tournant de civilisation, où les structures classiques de décisions semblent de moins en moins aptes à rendre compte de la nouvelle perception culturelle globale de la Terre et des exigences qui lui sont associées, la structure proposée pour la gestion de l'Art Spatial pourrait faire date et référence.
Ordre du jour :
1 — L'Art Spatial : enjeux et détournements
2 — Structure de gestion de l’Art Spatial p. 252
3 — Vers la création d'un comité d'éthique et d'une commission chargée de l'étude de la relation du Droit et de l'Espace
4 — Conclusion... »
Les réflexions de ce comité d'éthique eurent comme premier effet de contraindre le législateur à se pencher activement sur la problématique liée à la question du Droit de l'Espace. Resté en état de veille ces dernières années, il est prévu très prochainement son intégration dans une structure mondiale d’éthique à l'usage des différents gouvernements.
3. L'opération « messages des hommes à l’univers » (Juin 1986/Janvier 1987)
Troisième exemple de ce qu’un regard artistique transdisciplinaire pouvait mettre en œuvre comme forme nouvelle de l’émanation artistique : l'Opération « Messages des Hommes à l'Univers ». Cette opération que j'avais conçue et dont j'allais devenir le valet durant six mois reposait sur trois données. La première donnée selon laquelle les premières photographies de la Terre vue de l’espace étaient connues depuis plus de 25 ans par la majorité des Français (dont il résultait une nouvelle émancipation culturelle), la seconde qui laissait entrevoir via le savoir d'origine scientifique qu'il n’était pas totalement déplacé de penser que nous pourrions peut-être bien ne pas être les seuls êtres intelligents susceptibles d'être présents dans l'univers; et la troisième de ces données qui voyait, en 1985 déjà, plus de un million et demi de Minitels être disséminés dans la population française. D'où la proposition suivante à qui le voudrait bien : « et si vous aviez quelque chose à dire de vous-même à ces éventuels “ Autres ” que nous-mêmes, vous avez à votre disposition deux pages de Minitel » (à travers un serveur informatique en 36-15) et il était donné la garantie, avec l’aval de la communauté scientifique internationale, que tous les messages reçus partiraient pour l'éternité dans l'univers en direction du cœur de la galaxie, émis par le Radio télescope de Nançay le jour « J ».
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C’est ainsi que, le 26 janvier 1987, à 10 heures T.U., devant l’Agence France Presse et plusieurs chaînes internationales de radio et de télévision et des centaines de badauds spectateurs, la plus étrange, la plus grande aussi, œuvre collective jamais réalisée par l'humanité s'échappait de la Terre sous la forme d’un ruban électromagnétique de plus de 1 milliard de km de long qui partait à la vitesse de la lumière en direction du cœur de notre galaxie. cœur que ce ruban électromagnétique atteindrait dans 30000 ans, galaxie qu’il quitterait pour toujours dans 100000 ans. Ce ruban électromagnétique, émis par le radio télescope de Nançay spécialement adapté ce jour-là pour cette mission, contenait le témoignage de plus de 10 500 êtres humains qui souhaitaient dire quelque chose d'eux-mêmes à ces éventuels « Autres » que nous-mêmes. Entre le 1ᵉʳ juin 1986 et le 26 janvier 1987, informées par une campagne de presse écrite et télévisuelle dense et rythmée, plus de 50000 personnes entraient sur un serveur télématique connecté au Minitel et 10500 d’entre elles y laissaient leur message, ces messages destinés à ces éventuels « Autres ». L'opération « Message des Hommes à l'Univers » était cautionnée par la communauté scientifique internationale, plusieurs astrophysiciens dont Hubert Reeves contribuaient à la faire connaître. Un nouveau de mes rêves d'artiste était concrétisé. Le quotidien du peuple de Pékin y consacrait un article, et de fait la couverture médiatique avait, sans que je l'ai recherchée, été mondiale. Et des centaines de milliers de personnes avaient pu croiser cette idée, au même titre que ces myriades d'informations que tous les jours nous traversons.
4. Le concept « Royalties/Jardin/Terre » : de la pluridisciplinarité à la transdisciplinarité à part entière
S'appuyant sur un ensemble d'observations, le concept « Royalties/Jardin/Terre » allait totalement transcender l’aspect de l'œuvre d'art dans ses définitions classiques. Si je me souviens du temps ou la totalité de ce que dans l'instant je pouvais ressentir passait par la toile peinte, aujourd'hui, le p. 254 concept « R-J-T » traduit bien aussi la totalité de ce que dans l'instant de ma conscience il se pense. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’une toile à donner à voir au regard, mais d’une page, de quelques pages, destinées à être ressenties par l'intelligence et la sensibilité du cœur et de la conscience lorsque les deux se rejoignent, quand certains signes y prédisposent.
Projet Royalties/Jardin/Terre : quelques remarques initiales
Le pillage systématique de la planète : une tradition à aujourd’hui reconsidérer
L'Histoire nous enseigne que les sociétés humaines ont depuis toujours, et en toute impunité, mis à contribution et fait appel aux différents « réservoirs » comme aux différents « Savoir-Faire » développés par la planète, ceci tout autant pour satisfaire leurs besoins vitaux que pour satisfaire leurs besoins culturels spécifiques (cueillette des fruits, prise de gibier, utilisation de l’énergie hydraulique, extraction de minerais…).
Aujourd’hui encore, ces mêmes pratiques se perpétuent et chacun, pays, personne physique ou morale, selon ses besoins propres, continue toujours d'emprunter à la planète — SANS CONTREPARTIE — ses Savoir-Faire et puise encore impunément dans ses réservoirs.
Si, comme par le passé, et aujourd’hui encore en certains lieux, cette tradition traduit bel et bien le sens profond de la « Planète Mère », et reste parfois bien fondée, elle n’est certainement plus véritablement appropriée à nos logiques industrielles et commerciales contemporaines, prêtes par exemple à épuiser l’environnement s’il le faut (appauvrissement des gisements, déforestations, pollutions des nappes phréatiques, pêche industrielle, épuisement des terres arables…).
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Un constat en quatre points : état d'urgence
La Terre — rappel : Depuis 4,5 milliards d’années, la Terre, planète privilégiée du système solaire, a su développer à travers des systèmes successifs évolutifs et fragiles, ce que l’on pourrait nommer des « réservoirs » de matière première et des « Savoir-Faire » dont nous sommes, nous les êtres humains, les représentants les plus sophistiqués, au même titre que, au sens plus large, les papillons, les espèces végétales, les rétro-virus, le granit, l’humus, les arcs-en-ciel, l’oxygène de l'air, le parfum des fleurs, la radioactivité naturelle, les océans.
La nature — une nouvelle perception : Dans le cadre de l’approche qui précède, la nature peut donc être considérée avant tout comme étant de fait « LA » résultante instantanée de tous ces Savoir-Faire. Et l’on peut remarquer que, jusqu’à une époque récente, ces Savoir-Faire n'étaient livrés qu’à leur seule autorégulation, et qu'en particulier, le visage instantané pris par la nature en découlait directement.
Aujourd'hui — la nouvelle responsabilité : Depuis peu, des interventions humaines interagissent activement sur certains paramètres qui régissent cette autorégulation :
— Le succès démographique humain couplé à l'ère industrielle : danger.
Ces deux facteurs conjugués, tous les jours plus actifs, ont depuis peu des incidences non négligeables, parfois inquiétantes sur les mécanismes d’autorégulation de la nature et sont directement impliqués dans son devenir (libération massive de CO2...).
— Une économie de marché concurentielle, libérale et débridée : alerte.
Cette nouvelle dynamique commerciale, pratiquée à l'échelle mondiale, renforce encore les conséquences précédentes déjà contraires aux intérêts de la Terre.
Un tel système libéral d'économie de marché dégage en effet des priorités et des logiques d'actions parfois très éloignées d’une gestion saine et responsable de la Planète, ce dont, tôt ou tard, nous aurons à rendre compte à nos enfants.
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Ici et là, on voit peu à peu se mettre en place à travers le monde des matrices culturelles — de type post-industriel, analogues à celles des pays occidentaux les plus riches — qui lentement se superposent aux matrices culturelles locales.
Le regard planétaire, ces signes déjà présents
Deux observations majeures synchrones caractérisent ces matrices culturelles post-industrielles en mouvement, (dont les nôtres) :
1) une implication de plus en plus marquée du Savoir d'origine scientifique et des savoir-faire technologiques dans l’environnement quotidien de chacun. (Implication favorisée par le transfert des images TV, par le volume important du commerce mondial, par le chiffre croissant de la consommation des ménages, par l'accélération de nature exponentielle du savoir et des savoir-faire sus-mentionnés d’origine scientifique et technique),
2) une implosion / déperdition quasi totale de la composante artistique et de son influence sur la matrice culturelle locale. (Due à des conditions conjoncturelles de moins en moins favorables à la production artistique ne permettant plus l’éclosion que des seules formes d'art susceptibles de s'inscrire dans une économie marchande, avec obligation de profits, ceci au détriment de toutes les autres formes d'art que potentiellement la matrice pourtant recelait).
Conséquences de cette dualité « hypertrophie scientifique/ atrophie artistique » :
— sur le plan général : des sociétés amputées de la dimension artistique quotidienne, au voisinage du déséquilibre grave, dans l'incapacité de la réflexion, en quête de la notion de valeur et multipliant les comités d'éthique, en interrogation devant la dilution du Sens, en bref une situation installant les éléments favorables à une crise profonde, radicale et durable de la pensée.
— sur le plan individuel : des contemporains myopes, dans l'incapacité de se percevoir et de prendre pied dans leur époque, de distinguer le frivole du p. 257 grave, le lieu réel de l'exercice de leur responsabilité ainsi que les motivations profondes de leurs propres choix.
Une remarque
Conscient de ce qui précède, la nouvelle responsabilité de l’artiste appartenant aux matrices culturelles post-industrielles, pourrait être non plus seulement de produire ni de donner à voir des œuvres ponctuelles et finies, dans le sens de la grande tradition de l’art lorsque cela reste encore possible, mais bien de sensibiliser de son regard l'Institution elle-même, et d'y introduire la composante issue de la sensibilité artistique et des perceptions spécifiques qui lui sont liées.
Il pouvait ainsi devenir souhaitable et urgent d'imaginer un « concept » directement issu de l'intuition artistique, qui soit susceptible d'être le messager actif de cette intuition dans la sphère de conscience agissante de l'institution, des chefs d’états et des hommes politiques. Ceci afin que, au même titre que les paramètres de nature économique, géopolitique, scientifique ou militaire, le paramètre intuitif et sensible d'essence « artistique » soit lui aussi incorporé aux décisions majeures de l'époque.
Le concept « Royalties/Jardin/Terre » : principe
L'originalité du concept « Royalties/Jardin/Terre », dont le descriptif suit, consiste à considérer la Terre en tant que personne morale et à lui distribuer, sous forme de Dime/Droit d'Auteur, les royalties qui correspondent à l’utilisation des « Savoir-Faire » que depuis 4,5 milliards d'années elle développe, ceci dès lors que ces savoir-faire! — à un titre ou à un autre — entrent dans un processus commercial : recours aux gisements de matières premières, recours à la pêche, aux enzymes, à la combustion de l'oxygène de l'air, à l'utilisation du génie génétique.
À titre indicatif, une telle dîme « Royalties/Jardin/ Terre », calculée sur la base de 1/1000 des seuls p. 258 chiffres des échanges mondiaux de marchandises (exception faite des services) dégagerait un budget annuel supérieur à 3 Milliards de dollars.
Remarque : Les derniers experts consultés orientent actuellement le concept dans le sens de la retenue d’une dime homéopathique levée sur tous les flux monétaires, dime modulable selon les besoins identifiés, permettant d'atteindre des sommes bien supérieures à l'exemple ci-dessus, tout en restant sans incidence sur l'inflation mondiale.
Un tel budget annuel de fonctionnement pourrait ainsi être consacré à la création d’une Structure Mondiale Originale en relation à toutes les formes de savoir disponibles, dont le rôle consisterait explicitement à veiller et à gérer de façon prospective l'avenir de l’ensemble Terre/Humanité, puis à définir des projets à l'échelle globale, les financer et les superviser : arrêt de la désertification, sauvegarde des variétés en péril tant animales que végétales, gestion des nappes phréatiques…
Remarque : On se doit de noter ici, que de tels projets « globaux » sont hors de portée des organisations gouvernementales ou non-gouvernementales existantes, comme des gouvernements eux-mêmes... quand il y a matière à urgence.
La structure « R/J/T » : une structure de réflexion opérationnelle originale
Structure mondiale à créer de toutes pièces, sa vocation première consisterait à veiller à l’« Interaction Terre/Humanité », à en assurer une gestion concrète et prospective, dans une optique globale, en relation à toutes les formes de savoir, d’intelligence, de sensibilité et de compétences générées par le cerveau humain.
Constituée d’un double comité de sages et d'experts internationaux, d’origine culturelle et confessionnelle variée, appartenant à un large éventail de disciplines complémentaires, cette structure :
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1) en recourant largement à la Méthode, au Savoir et aux Savoir-Faire d'origines scientifiques et techniques aurait pour principales missions :
— la réflexion et la veille,
— l’identification des actions prioritaires et urgentes à envisager à court, moyen et long terme,
— l’étude de projets précis ainsi que les gestes techniques et les coûts à y associer.
2) en recourant à une approche incluant la totalité des champs de conscience rationnels, intuitifs artistiques et religieux aurait aussi pour mission :
— l'identification de la nature des projets les plus urgents à mettre en œuvre,
— l'identification des lieux de la planète où ces projets seraient prioritaires,
3) en recourant aux logistiques de type industriel propres à nos compétences d'aujourd'hui — cette structure aurait enfin pour missions :
— l'induction de dialogue avec des représentants locaux pour finaliser, assurer et participer à la parfaite mise en œuvre des projets,
— le financement, la conduite, la responsabilité et le suivi, jusqu’à leur terme, des projets ainsi retenus.
Parallèlement à ses réalisations concrètes, la structure « R/J/T » aurait aussi pour mission la sensibilisation et l'information générale du grand public, à l'échelle mondiale.
Elle serait ainsi amenée à :
— diffuser en direction du grand public une plaquette annuelle où seraient consignés les travaux en cours, leur état d'avancement, ainsi qu’un résumé sous forme de recommandations précisant les grandes lignes et les réflexions issues des travaux et des apports de l'année,
— organiser vers un public plus spécialisé des colloques, congrès et conférences relatifs aux sujets les plus préoccupants,
— publier — comme le sont les programmes de télévision dans toute la presse à travers le monde — une page gratuite d'information trimestrielle dans les quotidiens.
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La structure « R/J/T » : le concept de la « transparence absolue »
Afin d’échapper à toute forme de critique devant les choix que par nature la structure « R/J/T » dans l'exercice de ses missions devra arrêter, et en suivant là le conseil de plusieurs organisations internationales, il a été imaginé une structure innovante répondant au concept de la « TRANSPARENCE ABSOLUE ».
En effet, dès la conception de la structure « R/J/T » il a été voulu comme un droit fondamental la possibilité pour chacun — d’où qu’il soit et qui qu'il soit — d’avoir accès à tous les documents inhérents à la structure, de quelques natures et de quelques importances qu'ils soient : ses statuts, son fonctionnement, ses correspondances. ceci dans l’un quelconque de ses postes, développements ou actions.
En particulier, les dossiers techniques instruits par la structure « R/J/T », les études, les synthèses, les comptes rendus de conseils d’administrations, les actes des réunions, voir même les enregistrements de toutes réunions à caractères décisionnaires, seraient d’un total et libre accès pour qui le souhaiterait, les dossiers d’expertises techniques compris. Ainsi les pressions du lobby international ou les intrusions politiques verraient-elles leur incidence exclues, et les éventuelles et inévitables suspicions pourraient-elles être désamorcées devant la capacité directe, qu’aurait l’opinion publique à s'informer elle-même.
Sur le plan de la mise en œuvre pratique du concept de la « Transparence Absolue », une BANQUE DE DONNÉES INFORMATIQUE « R/J/T » pourrait — via la télématique et les réseaux internationaux — être consultable en temps réel et en accès gratuit à partir des principales Universités. avant d’en élargir l’accès à d’autres lieux si l’on en jugeait l'utilité.
Sur le plan géographique, la structure « R/J/T », afin de prendre à contrepied le droit international et la susceptibilité des états serait domiciliée à bord d’un satellite. En ce qui concerne le choix des personnalités qui formeraient le p. 261 comité de fonctionnement de ladite structure, il va sans dire que ces personnes « experts » seraient tournantes, qu’il serait appliqué la règle de la double expertise « en aveugle ». On remarque que le choix des experts, s’il doit requérir toutes les attentions les plus sévères et scrupuleuses, ne pose cependant pas de problèmes majeurs ou incontournables.
Les rassemblant maintenant, on peut résumer ainsi les principales ambitions de la structure « R/J/T », ambitions qui consistent à :
— proposer le concept de PLANÈTE TERRE/PERSONNE MORALE,
— en décliner un principe inédit de RECOUVREMENT DE FONDS,
— créer une structure mondiale originale sans équivalent,
— utiliser l'argent en provenance du travail de l'humanité à des fins que chacun, de quelque culture et confession ne pourrait que partager,
— disposer de la confiance de la collectivité et la maintenir à travers le principe de la « TRANSPARENCE ABSOLUE » ainsi qu'il a été précédemment décrit, ;
— faire connaître l'importance de l'INTERACTIVITÉ « Terre/Humanité » dès le plus jeune âge à travers les livres scolaires,
— en tenir informé tous les humains et en rendre chacun peu à peu responsable et garant,
— considérer la gestion de cette interactivité comme une PRIORITÉ ABSOLUE,
— prendre en compte la totalité de l'expression des compétences du cerveau et les rassembler pour s'acquitter au mieux de cette nouvelle responsabilité,
— utiliser toutes les formes du savoir disponible dont en particulier le SAVOIR D'ORIGINE SCIENTIFIQUE et ses capacités de quantifications et d'analyses,
— introduire les COMPOSANTES INTUITIVES ARTISTIQUES ET RELIGIEUSES dans les processus de décisions,
— établir une synergie innovante et visionnaire, « transdisciplinaire et transculturelle » de l'intelligence,
— frôler pour la première fois une gestion des savoir, des savoir-faire et des sensibilités réunissant tous les indivip. 262 dus et préfigurant de futurs CONSENSUS PLANÉTAIRES
— profiter de l'accueil très favorable des médias et impliquer leur responsabilité, dans la propagation du concept « R/J/T » en direction du grand public,
— …/…
Autant d'arguments donc pour ne pas laisser se perdre un tel rassemblement d'opportunités rares.
Remarque : Fruit de 4,5 milliards d'années d’évolution sur notre planète et de ses savoir-faire les plus sophistiqués, le cerveau humain a su au cours de l’évolution développer des subtilités, des finesses et des exigences, face auxquelles nos matrices culturelles post-industrielles répondent de moins en moins.
En ce sens, nous ne devons pas exclure que ce cerveau pourrait ne plus « accepter » longtemps encore de tolérer vivre dans un tel environnement culturel façonné par une cascade de défaillances politiques, conceptuelles et spirituelles.
En cela aussi, le projet « Royalties/Jardin/Terre » pourrait être regardé comme un début de réponse à ne pas négliger.
Conclusion
Le projet « R/J/T », projet transdisciplinaire et transculturel, comble un vide qui ne permettait pas jusqu'alors, ni aux institutions préexistantes, ni aux gouvernements de prétendre réaliser des actions concrètes efficaces et ambitieuses, qui aillent dans le sens d’un intérêt global.
Le projet « R/J/T » comble ce vide et met en coïncidence un regard, une exigence, une urgence des compétences, une opportunité et des moyens.
Dans un juste retour et à un juste prix, il rend à la Planète ce qui lui revient, il draine des fonds d'importance et offre à l'Homme une structure pour penser, veiller et agir, en toute responsabilité sur la maintenance, la régulation et la viabilité de l’interactivité Terre/Humanité, son domaine.
p. 263
À la date de rédaction de cet article, ce projet poursuit plus que jamais son cheminement dans l'institution, recommandé déjà qu'il avait été, à l'unanimité des experts présents, lors du colloque « Aspect Éthique et Juridique de la Sauvegarde des Espèces Vivantes » tenu à Trieste en Juin 1991, à l’Institut International d’Études des Droits de l’Homme. Considéré par certains comme tenant encore de l'utopie, il est au contraire entrepris et soutenu par d’autres, personnes physiques ou morales, comme un projet-phare, innovant et réaliste. En ce sens, l'institution étudie les conditions juridiques internationales de sa mise en place et les ébauches de sa structure attenante se précise. À ce jour, mon espoir reste ferme.
⁂
À leur relecture, qu’aurais-je à ajouter à ces pages que j'aurais oublié de mentionner, trois remarques peut-être :
— la première qui voudrait rappeler que l'artiste n’est pas un devin, mais qu'il accorde à certains signes présents dans l’environnement — signes auxquels ses contemporains restent sourds — une importance particulière, ces signes mêmes qui caractérisent l’époque et qui contiennent aussi les germes de demain, ces signes qu’il intègre dans ses œuvres et ses pensées,
— la seconde remarque, elle, voudrait tenter de traduire ce que représente la transdisciplinarité dans ce que j'en ai ressenti et dans ce que je crois la vivre. La transdisciplinarité ou ses germes du moins, ce serait cet état d'esprit qui permet de dessiner, de rendre tangible et de transmettre — sous quelques formes, idées, concepts, projets — ce que la conscience entend de façon diffuse, quand le processus de la perception qui la nourrit fait appel tant au cœur qu'à la raison, et donc à la totalité de la sphère pensante,
— la troisième remarque enfin constate que dans nos matrices culturelles, s’il est difficile d'être innocent des choses du monde, il est impossible d’y voir clair. Et qu’en ce sens, face à ce nouveau défi d’être, la transdisciplinarité pourrait représenter « la » voie permettant à chacun de p. 264 prendre pied dans son identification, dans ses responsabilités, à une époque où, si certains d’entre nous savent où se situent l’urgent et l'important, plus personne, qu’il soit artiste, bouffon, poète, théologien ou savant ou homme politique ne sait plus ou se situe lieu de l'essentiel.
NB : Et le peintre me demandiez-vous, qu'en est-il ? Aucune inquiétude, il observe et vit précieusement en léger repli sur lui-même, pour ses amis et quelques amateurs aussi. Il chante toujours par ses pigments l'instant en tentant de relier entre elles ces choses qui pouvaient paraître distantes alors que toutes s’ensemençaient… un peu comme l'aile du papillon qui là-bas frémit d’innocence et de vie quand ici le chaos. vous connaissez l’histoire.
Récemment, ne me confiait-il pas et peut-être était-ce là son secret, qu’il était convaincu que, de la peinture à la transdisciplinarité il n’y avait qu’un pas. Car me disait-il, c’est bien dans les moments où le peintre peint que son esprit « transdiscipline » à outrance. Et qu'à travers d'étranges ivresses alors s’élaborent et se fertilisent autrement et différemment les choses entre elles : … alchimie des neurones, mélange des genres et des techniques, des mots, des sens. danse, transe, urgence, transdisciplinarité.
Transcription d'après l'édition originale (archives Jean-Marc Philippe). © Jean-Marc Philippe / ayants droit.